Just a cup of tea

26 mars 2009

Par Shahîn

Un samedi de mars, ensoleillé où mes petits petons me disent d’aller fouler le pavé Parisien…« Allo Khadija ça te dit une petite balade dans Paris? », programme shopping et shopping.

Et c’est vrai, qu’est ce que ça fait du bien…Nous voici lunettes de soleil au bout du nez, sourire aux lèvres, nous promenant marché St Pierre à la recherche du tissu qui magnifiera mon prochain caftan. Un damassé fuchsia foncé avec des motifs marron. Khadija aime moyen… Ah les goûts et les couleurs!

Il est l’heure de la salat on file au 53 rue Polonceau, ici c’est Bamako, odeur de mafé, et de musc mêlé.« L’entri di femmes ci d’ciou couté mesdames ». Ah c’est aussi l’Algérie ici masha Allah. Allez on file d’ici, un petit salam à notre gardien en boubou bleu, on repassera incha Allah.

Métro, foule, ligne 7….Place Monge. Ce soir je suis invitée à dîner, je connais là bas un fleuriste extraordinaire, qui nous fait des bouquets à faire renverser la belle mère! Et puis en face une pâtisserie à se damner… on choisit nos petits délices comme un jury de pop star, « oh oui celui là il à un super look, et celui là avec sa feuille d’or il est très chic » Au passage Khadija dit au pâtissier que sa boîte à gâteaux n’est pas à la hauteur de ses pâtisseries, coup dur pour l’artisan… Mais le plus beau se cache à l’intérieur nous dit il!! Ok faut les faire rêver nos hôtes!Après tout on aurait bien droit à une petite pause. On se dirige vers le quartier Mouffetard, je rêve d’une grenadine et Khadija d’une glace coco.

Et là au coin de la place Monge, rue gracieuse, un bel établissement nous fait de l’œil. L’endroit paraît cosy et calme. On y boit du thé.Nos âmes aventurières, nous dirigent droit vers la porte, tant pis pour la grenadine et la glace coco. On pense à nos lecteurs et on se dit qu’un nouvel endroit à deux pas de la mosquée de Paris peut devenir une bonne adresse.On rentre.Un serveur au sourire charmant nous aborde « C’est pour une dégustation de thé? » Un peu surprise je lui réponds positivement, d’un ton assez naturel pour lui faire croire qu’à part le thé à la menthe j’y connais un rayon en  » dégustation de thé! « 

 » Vous êtes deux?  Oui » On a préféré laisser nos sept enfants jouer dans la rue, on s’est dit que ça le faisait pas trop de débarquer avec toute la smala! Déjà de jolies tables bien propres n’attendent plus que nous…De l’autre coté du comptoir une voix se fait entendre.Charles avec son petit tablier blanc qui n’a rien de chinois nous demande  » Vous avez réservé? « … euh non en fait on ne pensait pas que l’endroit était classé au patrimoine historique! Regard gêné, Charles se tortille… Y’a pas comme un malaise là sister? Charles se reprend  » Attendez je vais regarder si il y a de la place..  » il sort une jolie feuille blanche, et d’un air t’as vu comme je sais bien jouer la comédie, peut être que j’ai raté ma vocation au fond!  » Ahhhhhhhh je suis désolé il faut réserver. « 

Il nous prend pour des buses l’animal ? On se regarde, on regarde le serveur gêné….nous sommes musulmanes, nos hijabs en témoignent, et notre venue semble l’incommoder, son œil malade nous somme de partir, car nous n’avons pas réservé!! Et la on se demande comment réagir? Car nous avons tous(tes) vécues ces expériences où la fierté nous anime, le dégoût nous brûle la langue, la tristesse d’être traitées de la sorte fait grincer nos dents… J’ai envie de sortir ma kalachnikov et de lui dire « Hey cousin tu veux déguster? »

Encore aujourd’hui des portes nous sont fermées, comme au temps de l’apartheid où les noirs avaient leurs endroits réservés. Devons nous accepter cela?Le prophète Mouhammad (ص) disait: « L’homme fort n’est pas celui qui est toujours prêt à se battre; mais celui qui se maîtrise dans les moments de colère ».

Et cet effort fait sur nous même est-il utile ou au contraire laisse t-il place aux pensées les plus arrogantes qui laissent croire que nous sommes faibles et apeurées. C’est vrai nous sommes parties sans scandale, simplement en disant  »  ok, c’est bon, au revoir  » Était-ce une erreur?

Il est difficile de garder son sang froid face à ce genre d’événements qui peuvent nous blesser. Un scandale dans ce salon de thé aurait une fois de plus attisé certains esprits tordus pour pouvoir médire sur les musulmans, leur agressivité, leur mauvaise foi etc etc… Nous sommes parties la tête haute, en laissant cet individu seul, face à sa conscience de commerçant avare et au cœur malade, avec son étroitesse d’esprit et son arrogance. Finalement on est parties manger nos glaces, et on a même eu droit à la banquette, le luxe c’est qu’on a eu une carafe d’eau gratuite avec!

Et puis en y repensant Khadija, Allah nous a envoyé en cette journée ensoleillée de belles rencontres…Le salam chaleureux d’un homme sage gardien de la Mosquée, une dame au regard tendre et son fils qui nous a complimenté et a exprimé le désir de nous recroiser un jour, un fleuriste qui a fait des merveilles pour nous satisfaire, un pâtissier bourru mais plein de talent…AL HAMDOULILLAH ce fut un joli samedi de mars où notre comportement patient et juste nous a permis de croiser des gens charmants et tolérants. 

Certains endroits sous leurs airs chics et bien fréquentés sont des lieux où l’impolitesse et la malhonnêteté règnent. Finalement pour rien au monde j’y dégusterais un thé, même si il était classé au guide Michelin…Et puis rien ne vaut un bon thé à la menthe servit chaleureusement même si on y perd quelques dents !

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Bonaparte et l’Egypte

10 février 2009

Par Khadija

Bonaparte, l’Egypte, deux noms lourds de sens, chargés d’histoire. D’une part un personnage charismatique et fantasque, d’autre part le berceau des civilisations.

L’Institut du Monde Arabe retrace un siècle d’échanges à la fois politiques, économiques et artistiques entre la France et l’Egypte, raconté en 341 oeuvres provenant des musées Egyptiens ou Français.

Un parcours chronologique qui raconte: la campagne d’Egypte menée par Napoléon et dirigée par de fins stratèges,  une épopée scientifique aux répercussions fulgurantes avec notamment la naissance de l’égyptologie (merci la pierre de Rosette) et enfin l’affirmation de la nation égyptienne.

Pour ce qui est de l’exposition elle-même, je ne vais pas m’attarder sur une présentation exhaustive de celle-ci. Pourquoi? Eh bien, primo, à vous de vous y rendre, et par la même occasion profitez de la librairie ou de la bibliothèque; secundo j’ai envie de vous faire part de ce qui m’a marquée, ce que j’ai retenu de cette exposition en dehors des pièces et des toiles. Et si c’est une critique que vous souhaitez vraiment, je vous renvoie aux sites spécialisés dans le domaine de la culture.

J’ai tout d’abord été frappée par l’exotisme de cette exposition, à en ressusciter Edward Saïd, auteur de l’excellent L’Orientalisme, un livre que je ne saurais que trop vous recommander. Le sujet y est d’ailleurs abordé à travers une vidéo, non sans prénotions, quant à l’illusion occidentale d’un Orient exotique, sensuel, lointain. On y parlait volupté par opposition à un Occident industrialisé, froid et hostile. Le film était ponctué de toiles représentants des harems et des scènes de femmes bien en chair dans un hammam ou encore dans des bains turcs. D’ailleurs, toutes les toiles, ou presque, représentaient les égyptiennes poitrines nues même dans les scènes épiques à croire que l’Egypte toute entière était un hammam! En fait, c’est cet imaginaire exotique exalté par les plus grands artistes que l’on a voulu exporter et présenter en Occident et qui perdure aujourd’hui. Le voile faisant aussi partie de ces objets de convoitise qui ont longtemps alimenté le mythe d’un Orient onirique.

En outre, Mehmet Ali a également retenu toute mon attention. A 36 ans, cet illettré au service de l’armée Ottomane, réussit à prendre le pouvoir et à devenir vice-roi d’Egypte. C’est lui qui impulsa la modernisation de l’Egypte en faisant appel notamment aux saint-simoniens exilés en Egypte, polytechniciens de formation, à qui il confia le grand projet du barrage du Nil ou encore le percement de l’isthme de Suez. Perçu comme l’artisan de la modernisation mais aussi comme un véritable despote, je retiendrais de cet homme bedonnant le profil type du personnage machiavélique qui a su inscrire son nom dans l’histoire, et comme je suis une fan de Nicolas

C’est tout pour l’expo. Pour celles que cela intéresse, remettez vos courses du samedi après-midi à un autre jour et profitez du week-end prochain! Vous avez le temps tout de même, c’est jusqu’au 29 mars 2009.